Buffyesque.com est né un dimanche après-midi, dans un train de banlieue. Pour donner un sens à ce temps de latence qui devait me rapprocher (plus ou moins vite selon l’état du service) de mon écran d’ordinateur, j’écoutais un épisode du podcast Pourquoi Buffy c’est Génial, les yeux fermés, la tête mollement écrasée sur une vitre à l’opacité douteuse. Alors que les voix de Sarthmann, Riley, Clément voletaient autour de moi, une certitude m’envahit soudain : il fallait que je passe moi aussi à l’action. Depuis que j’avais rencontré ces trois fous furieux qui chaque mois se retrouvaient pour disserter avec des invités sur un épisode de Buffy et sur la richesse du Buffyverse (entre autres), mon rapport passionné à BTVS avait atteint un niveau supérieur. De la théorie, j’étais certes déjà passée à la pratique, en écrivant pour Clapmag.com un long article introductif sur le caractère exceptionnel de la première série de Whedon. Mais l’expérience du podcast relevait du coming out geek. Il n’était donc plus honteux d’aimer Buffy passionnément. On pouvait non seulement le revendiquer mais aussi l’expliquer sans être coupé par des soupirs blasés ou des rires pincés. Il était également possible de produire une pensée (en français) sur Buffy, laquelle pouvait être entendue, et même écoutée, relayée, défendue, discutée, affinée.

« I’m cookie dough. I’m not done baking yet »

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L’existence d’une communauté persistante de fans ne m’était bien sûr pas inconnue. Depuis l’arrêt de la série en 2003 aux USA (2004 sur M6), je n’avais cessé de guetter la naissance et la renaissance de forums et sites dédiés aux héros de Sunnydale. Mais, dans ces espaces virtuels, toutes les productions textuelles me semblaient rester en surface ou « rejouer le match » à l’envi (et si Dawn avait sauté à la place de Buffy en fin de saison 5, et si Riley n’était pas parti…). Je ne boudais pas le plaisir des querelles » Spuffy VS Bangel » et ne reniais pas une fragilité « de midinette » à la vue de certains photos des acteurs du show (et surtout de son créateur). N’en demeurait pas moins l’idée que BTVS mérite autre chose que ces traces et ces témoignages là. Il était temps d’analyser la série et tout ce qui l’entourait avec une attention dévouée et méthodique, sans se départir d’un regard critique malgré tout l’amour qu’on lui portait. En 2014, j’eus la chance de m’entretenir longuement avec Joss Whedon à l’occasion de sa venue à Paris pour Beaucoup de bruit pour rien, ce qui ne pouvait que renforcer mon obsession persistante pour son univers. Puis, après un premier podcast, l’élan ne devait plus s’arrêter : l’écriture collective d’un dossier dans le magazine Clap! à l’été 2015, un enregistrement d’émission en public et une conférence à la Bellevilloise en 2016 me donnaient l’occasion de formaliser ma réflexion sur Buffy mais aussi d’échanger avec de nombreux fans, qui ne cessaient de stimuler ma réflexion galopante. Je recevais alors des mails d’anciens étudiants qui avaient suivi mes cours sur le cinéma et m’avouaient vouloir consacrer leur mémoire de master à Buffy (quel bonheur…).

xander-booksLes allées du Comic Con Paris me donnaient aussi l’occasion de retrouver des fans des quatre coins de la France qui convergeaient vers Paris pour communier autour d’une série que certains avaient déjà vu des dizaines de fois quand d’autres, de jeunes adeptes convertis depuis peu, venaient de découvrir avec surprise et exaltation. Je n’avais jamais été friande des conventions, rebutée par leurs tarifs gras. Je prenais donc – peut-être un peu tard – la mesure du dynamisme d’une communauté grandissante, avec la sensation de rencontrer de nouveaux membres d’une famille dont je découvrais des branches jusqu’alors inconnues. Que d’émotions. Ils étaient là ces fans, devant moi, en chair et en os, et non plus de simples avatars ou alias sur des forums, blogs, réseaux sociaux en tout genre. Ils existaient vraiment, je n’étais pas seule dans ma folie. Lors de ces différents temps de rencontres, la frénésie des échanges achevait de me convaincre que le Buffyverse était immortel et que nous étions en train de vivre un nouveau commencement, bien que la diffusion de la série soit terminée depuis plus d’une dizaine d’années.

« What can’t we face if we’re together ? »

Début 2017 pourtant, quelque chose me semblait manquer. La pensée française sur Buffy, de plus en plus foisonnante, n’avait pas de lieu pour graver son empreinte et la perspective de publier sur le sujet me semblait encore délicate. Le web pouvait être un formidable repaire. Ainsi devait naître Buffyesque.com. Ce site a donc pour but de rassembler progressivement un ensemble de réflexions en langue française sur la série Buffy The Vampire Slayer, sur le Buffyverse et plus largement le Whedonverse. Pour le moment il ne s’agit que d’une esquisse pour mieux rêver le développement de Buffy Studies à la française. En effet, à ce jour, nombre de ressources analytiques sur la série de Joss Whedon et son univers associé (les autres séries, les comics, les romans…) ne sont accessibles qu’en anglais, du fait de l’existence d’un formidable élan critique et universitaire initié aux États-Unis dès le début des années 2000 par Rhonda Wilcox et feu David Lavery (se reporter à cet article).

Libre à nous de prolonger ce mouvement. Parce que Buffy est une série importante et qu’elle n’en finit plus de rayonner, à mon plus grand ravissement. Ma modeste entreprise se veut empirique et collaborative. Si vous souhaitez apporter votre pierre à l’édifice, vous pouvez me contacter à l’adresse suivante et soumettre un article : contact.buffyesque@gmail.com

– Carole Milleliri